L’entrepreneuriat agricole: un choix de carrière de plus en plus considéré

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La consommation responsable et l’achat de produits locaux, particulièrement dans le domaine de l’alimentation, semblent prendre du galon depuis quelques années. On constate aussi une augmentation de personnes qui aimeraient faire de l’agriculture leur métier.

Yvon St-Jean est agronome et enseignant depuis 25 ans à la technique en Gestion et technologies d’entreprise agricole au Cégep de Sherbrooke. Il constate qu’au cours des dernières années, l’agriculture a pris un nouveau chemin. D’abord, contrairement à autrefois, de plus en plus d’agriculteurs de la relève ou d’étudiants dans ce domaine ne viennent pas du milieu agricole. Aussi, bon nombre d’entre eux choisissent de pousser leurs études jusqu’à l’université, en agronomie ou en agroéconomie. Puis, on observe une forte augmentation de femmes dans le domaine de l’agriculture.

Si la technique au Cégep de Sherbrooke propose deux spécialisations, soit la production horticole et la production animale, on constate tout de même une préférence depuis quelques années. « Ce sont les petites fermes maraichères bios qui démarrent le plus en ce moment, indique Yvon St-Jean. Il y a trente ans, on disait que l’agriculture biologique était une mode, mais on voit aujourd’hui que ce n’était pas le cas. Elle est là pour rester. Avec les changements climatiques, on va peut-être vouloir se protéger et avoir plus de producteurs maraichers. Les petites fermes de proximité seront bien utiles. »

La production animale est un peu moins en demande ces derniers temps. Cette diminution s’explique par différents facteurs. « C’est un investissement important et il est vrai qu’on a besoin de moins d’actifs pour se lancer en production maraichère, indique M. St-Jean. De plus, c’est une tendance de société que de consommer moins de viande. Cependant, certaines fermes maraichères avec le temps veulent se diversifier et vont se chercher quelques animaux. On constate que les modèles de ferme se diversifient de plus en plus. »

Lyne Desnoyers, agente régionale de L’ARTERRE-Estrie (service de maillage entre propriétaires et aspirants agriculteurs), indique que « l’effet du populaire jardinier maraicher et auteur Jean-Martin Fortier » se fait sentir depuis quelques années. « Entre 2011 et 2016, il y a eu une augmentation de 9 % des fermes de moins de cinq hectares. L’engouement et la démocratisation de l’art du maraichage a eu impact majeur. »

Passionnés par la ferme

À Sherbrooke, on compte 71 entreprises agricoles enregistrées. Certaines existent depuis plusieurs générations et d’autres, comme le veut la tendance, ont été créées par des entrepreneurs qui ne viennent pas du tout de ce milieu.

Cassandre Veillette fait partie de ceux qui n’ont pas grandi dans ce milieu et qui ont choisi de se lancer dans l’agriculture à petite échelle. Le propriétaire de La Boite à légumes, dans le secteur de Deauville, s’est découvert une passion pour l’agriculture lors de voyages à travers le monde. « Pendant 15 ans, ma conjointe et moi n’avions ni appartement, ni maison. On voyageait et on travaillait dans des fermes une partie de l’année pour amasser de l’argent. J’ai pu voir une centaine de fermes différentes, avec des modèles d’affaires différents, de la ferme à 450 cueilleurs à la petite ferme de deux ou trois employés. »

De retour de ce long périple nomade, Cassandre et sa conjointe Cynthia Simard ont choisi de s’établir à Sherbrooke, avec en tête un projet de ferme maraichère. « Avant de démarrer mon entreprise, j’ai travaillé un an dans une ferme maraichère de l’Estrie. C’est une expérience que je ne regrette pas du tout et je suis heureux d’avoir pris mon temps plutôt que d’aller trop vite en affaires. J’ai pu prendre de l’expérience », explique celui qui est aussi impliqué dans le Plan de développement de la zone agricole (PDZA) de la Ville de Sherbrooke, ainsi qu’à l’UPA-Estrie.

Ce qu’il apprécie le plus dans son métier? « J’aime travailler à l’extérieur et c’est une fierté pour moi de nourrir les gens. L’un de mes buts est de pouvoir continuer à voyager l’hiver, ce qui n’est pas possible pour le moment. Il est faux de croire qu’en devenant propriétaire on fait plus d’argent, surtout en agriculture. C’est un domaine très difficile. Heureusement, pour moi l’argent n’est pas très important. »

Contrairement à Cassandre, Louis-Philippe Lemay a grandi sur la ferme familiale, située près du sanctuaire de Beauvoir, à Sherbrooke. Au début des années 2000, il a acheté avec son père l’entreprise d’élevage de vaches laitières qui existe depuis le début du 20e siècle. Ils ont finalement transformé l’élevage pour de la production de foin et de culture commerciale. Avec plus de 870 acres de culture et 275 acres de forêt, la Ferme Lemay a le vent dans les voiles.

« J’aurais pu faire carrière au hockey, dans le junior majeur, mais c’est ma passion pour la terre familiale qui a pris le dessus, explique-t-il. On avait déjà quelque chose de solide et j’avais plusieurs autres projets que je voulais réaliser à la ferme. On a d’ailleurs pris beaucoup d’expansion. J’ai un fort attachement à nos terres; j’ai été élevé ici et déjà enfant je pouvais partager mes idées avec les membres de ma famille », explique celui qui est détenteur d’un diplôme d’études professionnelles du CRIFA de Coaticook.

Alexandre Dagenais, propriétaire de la ferme Terre d’abondance, ne vient pas du milieu agricole, mais il a choisi très tôt de se diriger dans ce domaine. Il a d’ailleurs fait ses études en agriculture du côté de Saint-Hyacinthe. Avant d’ouvrir sa propre ferme, Alexandre a travaillé longtemps pour d’autres entreprises du milieu. C’est en 2015 qu’il a choisi d’ouvrir sa propre entreprise de pépinière d’aménagements paysagers fonctionnels et productifs.

« Le jardinage a toujours été une passion pour moi, même dans les années où ce n’était pas vraiment la mode. Depuis quelques années, on voit que les gens sont plus à l’écoute et intéressés par les approches nouvelles. Il y a huit ans, on voyait très peu d’aménagements paysagers fonctionnels et productifs. Aujourd’hui, la demande est bonne. J’ai même des demandes de centres de jardin pour des plantes qu’ils ne trouvent pas chez les fournisseurs habituels », explique l’entrepreneur qui a eu recours aux services Pro-Gestion Estrie pour la création de son plan d’affaires. Alexandre fait aussi partie du comité du Plan de développement de la zone agricole (PDZA) de la Ville de Sherbrooke.

Puisque l’entreprise se porte bien, Alexandre compte engager un employé à temps plein dès la saison prochaine. Il aimerait aussi bâtir un kiosque de vente officiel à la ferme (rue Felton). C’est qu’Alexandre cultive aussi des plantes médicinales que sa conjointe, Marie-Noël de la Bruère, transforme par la suite en différents produits de soins corporels et de prévention.

Quant à Ashley Wallis, copropriétaire de VERTige ferme urbaine et propriétaire du nouveau Centre de valorisation de l’Estrie, situé à Rock Forest, c’est un concours de circonstances qui l’a mené à l’agriculture. Provenant d’une famille du milieu des affaires, principalement de la restauration, Ashley avoue aimer les nombreux défis liés au milieu agricole.

« C’est un domaine où les défis au quotidien sont immenses. On doit toujours innover et on doit s’assurer de garder nos espaces sur les tablettes en épicerie. C’est aussi un défi de sensibiliser les gens à l’achat local. Malgré tout, c’est un milieu très valorisant, car on voit les résultats dans l’immédiat. »

Notons que le Centre de valorisation des aliments, qui a ouvert ses portes on octobre dernier, connait déjà un bon succès. L’entrepôt est complet et les espaces-cuisines sont presque pleins. « Nous allons maintenant mettre l’emphase sur la boutique ouverte au public qui se trouve sur place », souligne Ashley.

Favoriser l’accès au monde agricole

Avec son Plan de développement de la zone agricole, la Ville de Sherbrooke veut favoriser la relève et l’entrepreneuriat en milieu agricole. Ce Plan permet aussi de mettre en valeur l’agriculture et ses producteurs, ainsi que la foresterie. Afin de réaliser les nombreuses actions de cette démarche, la ville de Sherbrooke retient les services de Pro-Gestion Estrie.

Notons aussi que depuis un an et demi, les aspirants agriculteurs et les propriétaires agricoles peuvent se tourner vers ARTERRE-Estrie, un service gratuit de maillage axé sur l’accompagnement et le jumelage, qui vise à encourager la relève et favoriser l’accès au monde agricole. Ce service existe dans toutes les régions du Québec.

Photos : Gracieuseté La Boite à légumes

 

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