Portrait du quotidien de 5 producteurs de Sherbrooke en temps de crise

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Pour certains, la routine suit son cours normal. Pour d’autres, les bouleversements créés par la COVID-19 les ont obligés à se tourner vers des solutions temporaires, qui s’avèrent tantôt un succès, tantôt une épreuve. Pro-Gestion Estrie a pris le pouls de la situation de cinq producteurs sherbrookois de différents domaines. 

À la ferme Jardins de la Gaillarde, spécialisée dans la production de semences biologiques, les répercussions de la situation actuelle de confinement sont positives. Très positives. La jeune entreprise qui fonctionne depuis le premier jour avec un système de vente en ligne a vu ses ventes explosées depuis le début du confinement, le mois dernier.

« Nous faisons sept fois plus de ventes en ligne qu’à la même période l’an dernier, raconte Mélanie Chapleau, fondatrice des Jardins de la Gaillarde. Il y a une explosion des ventes depuis l’annonce du confinement pour nous, mais je crois aussi que cette explosion est généralisée pour les entreprises de semences et de jardin au Québec. »

Les centres jardin, qui ont eu le feu vert de Québec pour reprendre leurs activités et accueillir leurs clients dès le 15 avril, seront certes bien occupés au cours des prochaines semaines, indique Mélanie.

« Je pense que cet intérêt pour le jardinage s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, les gens ont plus de temps en raison du confinement. Il y aussi le fait que plusieurs ressentent une insécurité alimentaire, puisque les tablettes en épicerie sont un peu plus vides depuis le début de la crise. Les gens veulent prendre le contrôle de leur alimentation et ils ont davantage le souci d’acheter local. »

À la Ferme des trois cultures, producteur de viandes, un système temporaire de commande à l’auto a rapidement été mis en place dès les premiers signes de la crise entourant la COVID-19. Les gens peuvent commander en ligne ou par téléphone leurs viandes et leurs œufs, pour ensuite venir les chercher directement à la ferme. Karine Péloquin, copropriétaire de la ferme, affirme que les ventes vont bien.

« Nous recevons énormément d’appels pour diverses questions. Je dirais que la moitié des gens qui nous appellent pour des questions décident d’acheter des produits. Quant aux abonnements pour nos paniers, nous sommes presque complets. »

Du côté de la ferme maraîchère La Boîte à légumes, la routine poursuit son cours normal pour l’instant, mais on reste alerte.

« Nous avons tout ce qu’il nous faut pour faire nos jardins, indique Cassandre Veillette, propriétaire de la ferme. Récemment, on a aussi construit une chambre froide et une troisième serre froide sur le terrain, qui nous aidera à prolonger la saison. Avec le réseau des maraîchers, on a commencé à réfléchir à des solutions si le confinement est encore demandé lors de notre début de saison. À ce sujet, nous attendons encore certaines mesures du MAPAQ que nous aurons à appliquer pour la mise en marché et la distribution de nos paniers. Pour notre participation (les producteurs) dans les marchés publics, nous aurons certainement besoin de revenir aux sacs en plastique, en plus de monter nous-mêmes les commandes des clients », poursuit Cassandre, précisant prendre encore des abonnements pour les paniers de légumes. « Nous sommes complets, mais nous continuons à prendre les noms des gens intéressés, car nous allons possiblement prendre plus de clients au cours de la saison. »

À la Ferme Lemay, où l’on produit du soya, du blé et du foin, on s’attend à une légère baisse, mais les employés entreront tous en poste dès la première semaine de mai, comme chaque année. Des précautions sanitaires seront ajoutées en cette période de pandémie.

L’an dernier, la Ferme a produit 200 tonnes de blé, plus de 20 000 tonnes de foin, ainsi que 400 tonnes de soya, exportées en grande partie en Asie. À quoi peut-on s’attendre cette année? « Pour le moment, nous ne sommes pas affectés financièrement, comme c’est le cas pour les producteurs de lait, mais à moyen terme, nous pensons avoir de petites répercussions en raison de la crise, pense Louis-Philippe Lemay, copropriétaire de la Ferme Lemay. Nous allons devoir nous adapter. Le marché du foin devrait rester stable et la consommation du blé semble à la hausse en ce moment. Par contre, le prix et les ventes du soya ont baissé. On s’attend à ce que ça paraisse sur la demande un peu plus tard. Nous exportons tout de même, mais les prix sont beaucoup moins bons. »

La crise fait mal à la cabane à sucre Érabilis

Le portrait de la situation est beaucoup plus sombre du côté de la cabane à sucre Érabilis, qui réalise en temps normal 100 % de son revenu annuel durant les mois de mars et avril. Le propriétaire, Jean-François Laplante, se dit fortement touché par cette crise. Puisqu’il ne peut accueillir le public dans sa salle à manger, le propriétaire s’est tourné vers le service de commandes pour emporter, mais ce service temporaire est bien loin d’égaler financièrement les visites des clients directement sur place.

« Depuis le 16 mars, j’offre des repas pour emporter les samedis et dimanches, ce qui représente environ 10 à 15 % des repas que j’aurais servis en temps normal. Je continue aussi à offrir mes produits de l’érable sur notre boutique en ligne qui a été mise à jour. J’ai regardé les options pour offrir un service de livraison, mais je n’ai malheureusement pas les effectifs nécessaires pour l’instant. »

Selon le propriétaire, les pertes pour cette année seront importantes. « Au total, je prévois perdre 80 % de mes revenus de repas et il y aura fort probablement un retard de 50 % sur les paiements de sirop d’érable en vrac pour la récolte 2020. »

Pour visiter la boutique en ligne et pour les commandes, rendez-vous sur erabilis.com. Notons que pour les commandes à emporter, un parcours a été mis en place pour assurer une distance sécuritaire entre les clients.

 

Sur la photo, Cassandre Veillette, de la Boîte à légumes, et sa partenaire d’affaires et conjointe Cynthia Simard.

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