Des tenanciers de bars résilients, mais inquiets face à l’avenir de leur commerce

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Une dizaine de propriétaires de boîtes de nuit, de bars et de resto-bars sherbrookois ont pris part à cette deuxième cellule de réflexion pour commerçants, organisée par Pro-Gestion Estrie via son nouveau service ENTR+AIDE. Leurs préoccupations ont été entendues, tout comme leur volonté de poursuivre leurs activités dans un environnement sécuritaire et de retrouver leur clientèle.

Touchés particulièrement par les nouvelles mesures mises en place par le gouvernement en temps de COVID-19,  les propriétaires de bars, de resto-bars et de boîtes de nuit ont des préoccupations propres à leur contexte. Lorsque la rencontre a été planifiée, l’Estrie était en zone orange, mais a basculé au rouge entre temps. Reste que l’inquiétude quant aux perspectives de survie était, pour plusieurs d’entre eux, tout aussi importante en zone orange.

Les entrepreneurs participants s’entendent d’ailleurs pour dire que c’est à l’arrivée des zones de couleurs, environ au même moment que l’arrivée de l’automne, que les effets négatifs se sont fait sentir davantage. « La période sans confinement au cours de l’été et l’accessibilité aux terrasses extérieures nous ont beaucoup aidés. Les clients étaient au rendez-vous et ils comprenaient et respectaient les règles », souligne l’un des propriétaires participants, qui indique qu’aucune baisse du chiffre d’affaires n’avait été enregistrée avant de basculer en zone orange.

Le changement de l’heure de fermeture, de 3 h à minuit et de minuit à onze heures, a fait mal. Très mal. Notons que pour les bars, les heures les plus rentables sont de minuit à 3h. Pour les boîtes de nuit, on ajoute à cet obstacle l’interdiction de danser.

« La pression était immense en zone orange, car on nous demandait de fonctionner en interdisant la danse, en fermant à 11h et en demandant à la population d’éviter de sociabiliser, explique l’un des propriétaires participants. Pour les boîtes de nuit, c’est catastrophique. À un certain moment, on ne peut tout simplement pas réinventer la roue. »

« Dans un Nightclub, on ne peut pas poursuivre nos activités dans le contexte où l’on demande aux gens de rester assis et de ne pas danser, ni sur la piste de danse ni à leur place. La réalité est désastreuse », poursuit un confrère participant.

L’annulation des partys des fêtes, qui normalement est une période très fructueuse pour les bars, est aussi inquiétante. « Durant cette période, on accueille habituellement jusqu’à 160 entreprises, souligne une participante. La situation actuelle va nous faire très mal. » Cette dernière, qui souligne que son établissement a toujours respecté les règles sanitaires à la lettre, avoue avoir l’impression que les bars ont été placés bon derniers dans l’échelle des entreprises à aider, subissant les contrecoups de la crise. Cette opinion est partagée par plusieurs.

« On parle beaucoup d’alcool lorsqu’on parle de bars, mais nous sommes d’abord et avant tout des établissements du divertissement, avec de la danse, du billard, des spectacles, de l’animation. Il faut arrêter d’axer le message sur l’alcool lorsqu’on parle des bars et miser plutôt sur l’aspect sécuritaire. Ce que nous voulons, c’est divertir dans la sécurité. Oui, il y a eu des événements regrettables isolés, mais j’ai l’impression qu’on a tous été mis dans le même paquet. On a l’impression d’être les derniers dans l’échelle, mais il ne faut pas oublier que l’industrie des bars représente énormément d’emplois au Québec, dont plusieurs emplois étudiants qui permettent aux jeunes de payer leurs études. »

Présent à cette clinique de réflexion, Pierre Thibault, président de la Nouvelle Association des bars du Québec, indique avoir à cœur le sort des bars et des boîtes de nuit et dit travailler en ce sens, afin de trouver des solutions pour leur venir en aide. Il parle entre autres du projet de loi 72, qui pourrait éventuellement permettre aux bars de vendre de l’alcool en accompagnement d’un repas pour emporter. «Nous devons protéger l’équité entre les restaurants et les bars, indique-t-il. Quant aux boîtes de nuit, elles sont laissées à elles-mêmes depuis mars dernier. Récemment, nous avons fait une recommandation pour revenir à l’heure de fermeture normale, soit 3 h du matin. Ce serait une belle façon d’aider les boîtes de nuit. J’ai toujours été d’avis que si tu as le contrôle de ton bar, l’heure de fermeture n’a pas d’effets négatifs. »

Garder espoir, malgré tout

Charles-Olivier Mercier, directeur général de Pro-Gestion Estrie et de Commerce Sherbrooke, affirme pour sa part qu’étant donné la nature de ces établissements, les alternatives aux ventes effectuées à même les lieux sont peu nombreuses, ni suffisamment lucratives.

« La fermeture de leur salle décrétée lors du passage en zone rouge entrave donc sérieusement leur rentabilité, explique-t-il. Certes, quelques mesures de soutien financier déployées par les gouvernements peuvent encore les aider, mais plusieurs entreprises ont déjà épuisé ces options et leurs propriétaires se sentent démunis. Les tenanciers de bars tiennent à rappeler qu’ils offrent depuis le début de la crise un environnement particulièrement bien contrôlé, par l’application de mesures d’hygiène et de sécurité très strictes. Hormis quelques débordements possibles à l’occasion, les bars offrent une expérience certainement beaucoup plus sécuritaire que lors de certains rassemblements improvisés chez des particuliers. Aussi, au Québec, très peu d’éclosions de la COVID-19 ont pour origine les bars. De plus, ces bars permettent, en ces temps difficiles et d’isolement, de fournir des occasions pratiques pour se divertir et socialiser. »

L’espoir des propriétaires se concentre donc sur la réouverture de leurs commerces. En ce sens, plusieurs sont sûrs que la clientèle sera au rendez-vous pour les soutenir lors de la reprise des activités. « Je suis sûre que la clientèle sera de retour lors de la réouverture des bars. Nous travaillons déjà en ce sens, puisqu’on pense que le gouvernement ne nous laissera pas dans cette situation trop longtemps. La gestion des mesures sanitaires devra rester serrée, mais la clientèle est maintenant compréhensive et comprend cette nouvelle réalité. »

Chez Destination Sherbrooke, on pense aussi qu’il faut miser sur la réouverture, en proposant au public des forfaits et en créant des partenariats entre différents commerçants, en alliant par exemple les milieux de la restauration, de l’hôtellerie, des bars et des spectacles. « Ce serait une bonne façon de les aider lors de la réouverture, souligne Marie-Claude Vidal, déléguée à la promotion et à la communauté d’affaires chez Destination Sherbrooke. Nous pourrions aussi adapter aux bars le concept déjà existant des tournées de microbrasseries. »

En attendant, la population et les entreprises sherbrookoises en bonne santé financière sont invitées à encourager les bars, les restos-bars et les boîtes de nuit.

« Noël approche et les partys dans les bars, qui constituent normalement des périodes très achalandées, n’auront certainement pas lieu comme à l’habitude, souligne Charles-Olivier Mercier. C’est pourquoi il est fortement espéré que les chèques-cadeaux viennent remplacer une bonne partie des revenus perdus. Pourquoi ne pas glisser sous le sapin de ses employés ou de ses proches un beau montant qui pourra éventuellement être dépensé dans les bars de Sherbrooke? C’est assurément un geste qui pourrait faire plaisir aux êtres chers et participer à la survie de nos bars. »

Rappelons aussi que tous les propriétaires de commerces et entreprises de services sherbrookois peuvent obtenir un soutien gratuit de la part de Pro-Gestion Estrie en ces temps de pandémie, notamment afin d’envisager de nouvelles façons de dégager des marges financières et de profiter au maximum des mesures déployées par les gouvernements.

 

Photo: Courtoisie Liverpool Billard Night Life 

 

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